Cela faisait quelques jours que nous avions cessé de nous voir. Histoire de prendre un peu de répit. La tension était trop grande. Les disputes qu’il déclenchait trop fréquentes. Combien de fois lui ai-je dit « maintenant tu dépasses les bornes des limites… »
J’y restais attachée. Me disant que cela allait un jour se terminer. J’avais fait mienne cette pensée : "Rien n’est éternel. Même le pire »
Chaque matin, je me jetais sur mon mail pour voir s’il y avait un petit mot de lui. Peu importe lequel, mais un petit mot. De temps en temps, je lui en envoyais un. Et j’attendais quelques jours pour obtenir une réponse, parfois, 2, parfois 5 jours.
En lui faisant parvenir son courrier, j’avais rédigé une petite phrase « Un de ces jours, on ira prendre un café… »
Je l’aimais toujours. J’avais construit une vie de 20 ans avec lui. Nous avions deux enfants.
Un matin, alors que je rentrais chez moi après avoir amené mon dernier à l’école, je suis jetée violement à terre par quelqu’un qui surgit derrière moi. C’était lui. Il me fait entrer dans la maison et ferme la porte à clé. Je me sens prisonnière.
Il m’épiait depuis le matin lorsque j’avais quitté la maison avec les enfants, puis m’avait vue sur la place en rentrant en train de téléphoner d’une cabine. Sûr que je téléphonais à un amant.
« Mais non, j’appelais le père de Roberto pour lui signaler qu’il y avait une réunion ce soir à l’école. Mon portable est en panne. Le son ne passe plus. »
« Non, tu mens, tu attends un amant. Puisque tu as acheté des petits pains au chocolat chez le boulanger. Il ouvre le sachet qui ne contient qu’une seule pâtisserie…
Il est certain que je le trompe. Son cerveau est infaillible. Je dois être coupable de quelque chose. C’est son cerveau qui le lui a dit. Alors, ne sachant plus que faire, il m’oblige, avec brutalité d’introduire mon mot de passe sur mon PC et se met à lire tous mes mails qu’il se fait envoyer chez lui pour les lire à son aise. Interrogatoire serré : « qui est cette personne qui te propose un cinéma ? » Vu le nom étranger, difficile pour lui de déterminer s’il s’agit d’un homme ou d’une femme ?
« Ah ! Tu communiques encore avec cette Française ? Qu’est ce que tu lui racontes ?? Hop, envoi de tous les mails vers son adresse.
Contrôle de mon ordi, des sites que je consulte, de mon courrier. Tout y passe. Même si vous n’avez rien fait, vous êtes terrorisé. Rien de tel que la terreur pour prouver que les autres vous mentent. Vous êtes en panique. Il vous parle d’un ton doucereux, tout en vous rudoyant.Vous voulez fuir. Mais où ? Le jardin donne sur la cour qui, elle même donne sur un mur de 5 mètres !
Quelqu’un sonne. Ouf ! Je vais pouvoir aller ouvrir.
« Non, tu n’ouvre pas » Sous entendu : « Tu vois que j’avais raison de te soupçonner. C’est ton amant.. »
La sonnerie retentit avec insistance. Mon cerveau se met à cogiter à toute allure. Comme je ne peux fuir à toutes jambes, le sang m’est monté à la tête.
J’invente « Ah oui, c’est le voisin qui vient chercher un document urgent. Il en a besoin pour sa réunion de ce matin. Il était chez moi pour correction ».
Il me laisse sortir avec un document. Dehors, il n’y a plus personne, le visiteur a perdu patience. Mais j’aperçois un gardien de parc. Je lui crie « Monsieur, à l’aide ! »
Je serai sauvée. Mais il me crie en s’en allant « la prochaine fois, tu ne m’auras plus »
Pendant les jours qui suivent, je resterai terrorisée, faisant le tour du bloc avant de rentrer, vérifiant toutes les encoignures de porte..
Après cette altercation, je prendrais encore plus sur moi, ne répliquant à aucune de ses remarques, aussi blessantes soient-elles. Gardant un calme en toute circonstance. Fuyant toute discussion qui risquerait de déraper. Prenant régulièrement le pouls de la situation en lui téléphonant régulièrement. Sachant qu’un long silence peut couver le pire. Qu’une bombe à retardement est en préparation..
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